Nous l’attendions depuis plus de 3 ans ! Enfin, c’est le 13 février que Roland Lescure, Ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, a annoncé les grandes lignes de la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE). Cette feuille de route fixe les objectifs de la trajectoire énergétique française pour les dix années à venir. Après une sortie, reportée à maintes reprises et des débats répétés à l’Assemblée Nationale, c’est par décret que la PPE a été publiée. Il en ressort un texte fait de compromis, entre relance du nucléaire et diminution des soutiens aux énergies renouvelables. Zoom sur les projections pour les filières solaires thermique et photovoltaïque.
Pour commencer, revenons sur les objectifs de cette programmation énergétique : réduire notre dépendance aux énergies fossiles, garantir un prix de l’énergie abordable, et décarboner nos consommations d’énergie, en passant notamment par l’électrification du territoire. Et c’est ici que ça coince : les français consomment moins d’électricité que prévu, et les énergies renouvelables se sont développées plus rapidement, notamment en ce qui concerne le solaire photovoltaïque. A noter que la consommation d’électricité ne prend pas en compte les kilowattheures auto-consommés en direct par les foyers équipés d’installations solaires.

La présence d’une clause de revoyure dès 2027, pouvant amener les données chiffrés à être modifiés, est autant source d’espoir que d’inquiétude pour les années à venir…
Solaire photovoltaïque
C’est l’action « PV.1 : promouvoir une répartition équilibrée du photovoltaïque entre grandes et petites toitures, grandes et petites centrales au sol, ainsi que l’agrivoltaïsme« qui fixe un plafond de déploiement d’installations solaires photovoltaïques qui pourront bénéficier de soutien public (appels d’offres et arrêtés tarifaires). Malheureusement, les chiffres retenus prévoient une baisse des volumes. D’ici fin 2028, la puissance bénéficiant de ces appuis financiers ne pourra pas excéder 2,9 gigawatts (GW) par an selon la répartition suivante (à titre de comparaison, ce sont près de 6 GW qui ont été installés en 2025…) :
- deux appels d’offres de 1 GW par an pour les centrales au sol
- trois appels d’offres de 300 mégawatts (MW) pour les centrales sur bâtiments
- les périodes restent à définir pour les « petites » centrales (tranche 100-500 kWc), jusque 1,4 GW/an, à ajuster selon les volumes alloués aux autres catégories
- les centrales inférieures à 100 kWc bénéficieront de soutien via les arrêtés tarifaires. On peut s’attendre à ce que les modifications exigent que les nouvelles installations soient pilotables
- un appel d’offre annuel pourrait être publié pour l’agrivoltaïsme, dépendant des autres catégories
A partir de 2029, le plafond de puissance devrait pouvoir augmenter autour de 5 GW par an, variable selon le niveau d’électrification du territoire. Ce qui est regrettable, c’est que la filière photovoltaïque va encore devoir adapter son activité à ces variations de soutiens publics.

En complément de ces objectifs, de nombreuses installations photovoltaïques sont en file d’attente de raccordement : fin septembre 2025, plus de 30 GW d’installations photovoltaïques étaient en attente ! Dont plus de 8 GW avaient déjà une convention de raccordement signée. Actuellement, nous ne savons pas comment seront gérés les raccordements de ces projets, s’ils seront compris dans les 2,9 GW annuels.
A titre de comparaison, voici les objectifs figurant dans la PPE à l’horizon 2030 et 2035 :

Fin 2023, la France comptabilisait environ 20 GW de puissance solaire photovoltaïque raccordée et environ 30 GW fin septembre 2025
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr
De plus, la PPE détaille les volumes qui seront alloués selon les projets. Concernant les puissances des centrales, la répartition est la suivante :
- 41% pour les toitures inférieures 250 kWc
- 5 % pour les centrales au sol
- 54 % pour les installations supérieures à 250 kWc
A priori, en dehors des installations bénéficiant des appels d’offres ou des arrêtés tarifaires, rien n’empêche la création de nouveaux projets solaires photovoltaïques : autoconsommation individuelle ou collective, vente du surplus à des acteurs privés, don d’électricité à ses voisins… Ces modèles restent possibles tant que les raccordements au réseau ne sont pas freinés.
La PPE intègre aussi les travaux à prévoir sur le réseau de transport d’électricité qui devra s’adapter à ces perspectives énergétiques.
Solaire thermique
Pour la filière solaire thermique, l’action « CHALEUR.6 » prévoit d’élaborer et mettre en œuvre un plan d’actions nationales solaire thermique« . Objectifs : Atteindre 6 térawattheures (TWh) de chaleur solaire d’ici 2030, 10 en 2035, en dynamisant la filière notamment via le Fonds Chaleur de l’ADEME.

Entre 2022 et 2024, la quantité d’énergie produite par les centrales solaires thermiques en France est passée de 1.5 à 2.9 TWh, un rythme de croissance supérieur à celui des objectifs de la PPE 3.
En attendant d’en savoir plus sur les modalités d’application de cette nouvelle programmation énergétique, le rapport de la mission Levy-Tuot, qui sortira fin mars, proposera des solutions pour « repenser le soutien public aux énergies renouvelables » et aux solutions de stockage qui peuvent y être associées.
Pour consulter le texte officiel de la PPE 3 : https://www.economie.gouv.fr/files/files/2026/ppe3.pdf?v=1770958215
Pour prendre un peu de recul
Avoir un document de cadrage national était plus que nécessaire. Cependant, les objectifs pour les énergies renouvelables sont très bas, mais existant. En réaction, l’Alliance pour le climat – groupement de 12 acteurs engagés – a publié une communiqué de presse dès le 12 février « PPE : l’Alliance pour l’énergie locale dénonce un recul pour les énergies renouvelables électriques portées localement », à lire ici : https://cler.org/wp-content/uploads/2026/02/cp-ppe-alliance-pour-lenergie-locale.pdf
